Samedi 8 juillet 2006
Copie de la lettre adressée à mon député le 8/7/2006
 
Objet : carte européenne de stationnement
 
Monsieur le député,
En tant que personne directement concernée par le handicap, je vous écris pour vous faire part de ma stupéfaction, de mon indignation et de ma colère suite à la parution de l'arrêté du 13 mars 2006 définissant les critères d'attribution de la carte de stationnement.
Je trouvais très injuste que le macaron GIC ne soit attribué qu'aux seules personnes ayant un taux d'invalidité de 80%.
La loi de modernisation sociale avait apporté une solution partielle, notamment pour les personnes amputées, mais restait d'application très limitée.
 
J’avais donc accueilli avec beaucoup de satisfaction la loi du 11 février 2005 qui modifiait enfin et de façon globale, les conditions d’octroi de la carte de stationnement.
 
Hélas, l’arrêté du 13 mars 2006 (JO du 19.05.06) a mis un terme à mon enthousiasme.
En effet, cet arrêté définit les modalités d’appréciation d’une mobilité pédestre réduite selon deux critères :
-         l’un relatif à la réduction importante de la capacité et de l’autonomie du déplacement à pied,
-         l’autre relatif à l’accompagnement
 
Cet arrêté précise que le premier critère est rempli dans les conditions suivantes :
-         la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 m
-         la personne a systématiquement recours à l’une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : une aide humaine, une canne ou tous autres appareillages manipulés à l’aide d’un ou des deux membres supérieurs (ex déambulateur) ou à un véhicule pour personne handicapée (fauteuil roulant)
-         la personne a recours, lors de ses déplacements extérieurs, à une oxygénothérapie
 
Les trois situations évoquées excluent de fait la quasi-totalité des personnes amputées, dont moi-même :
 
-         concernant le périmètre de marche inférieur à 200 m :
Les personnes amputées ont habituellement un périmètre de marche supérieur à 200 m (distance extrêmement courte, en particulier pour des personnes capables de sortir de leur domicile).
Il n’est absolument pas envisagé le cas des personnes amputées qui présentent un périmètre de marche « variable » en fonction de différents paramètres : état de fatigue, douleurs, blessures liées à l’appareillage
De plus, certaines personnes amputées ont effectivement un périmètre de marche supérieur à 200 m, mais c’est souvent au prix d’un effort physique personnel et la négligence de certaines douleurs et fatigues 
La difficulté de porter des charges, même peu lourdes, n’a manifestement pas été envisagée
-         concernant le recours à une aide technique
Le cas des personnes utilisant de façon discontinue des béquilles n’est pas envisagé (c’est le cas de la plupart des personnes amputées).
La mention de certaines aides techniques comme la canne, sans que ne soit jamais cité le mot prothèse, est une insulte à une population authentiquement handicapée qui paie ici probablement ses efforts d’intégration, en particulier sur le plan professionnel.
Les personnes en fauteuil se voient systématiquement accorder la carte, mais pas les personnes amputées alors qu’elles connaissent également des difficultés pour entrer et sortir du véhicule lorsque l’espace est insuffisant pour ouvrir la portière.
 
Il existe peu ou pas d’évaluation de la qualité de vie des personnes amputées et en particulier de la tolérance de l’appareillage dans la vie de tous les jours. La rédaction de cet arrêté traduit une méconnaissance totale d’une population nombreuse dont on ne parle jamais parce qu’elle fait la preuve sans cesse de sa volonté d’intégration professionnelle et citoyenne lorsqu’elle en a la possibilité.
Prétendre que les progrès techniques permettent de minimiser le handicap d’une façon durable et permanente est une aberration évidente pour toute personne amputée. Une prothèse ne remplace pas une jambe, elle reste un corps étranger sur un moignon qui souffre en permanence. La fonction de la jambe peut être effectivement remplacée en partie, et les progrès sont indéniables, mais au prix d’une fatigue supplémentaire, de blessures, de douleurs malheureusement fréquentes et de sollicitation importante du membre restant.
 
Pour toutes ces raisons, je suis scandalisé par la rédaction de cet arrêté. Manifestement notre situation n’a jamais été évoquée, sciemment ou non. Cette négligence d’une partie de la population handicapée pour laquelle la voiture reste un élément de liberté et d’intégration est insultante. Devons-nous abandonner nos prothèses et nous déplacer en fauteuil pour que notre handicap soit reconnu comme tel ?
Nous sommes des citoyens à part entière. Ceux d’entre nous, qui ont la possibilité de travailler, s’intègrent très bien dans le monde professionnel, souvent au prix d’efforts ou de fatigue que nous ne souhaitons pas forcément mettre en avant. Amputé des 4 membres en février 2002 suite à une septicémie par pneumocoques, j’ai repris mon activité salariée en janvier 2004. Nous refusons d’avoir à « majorer » systématiquement notre handicap (qui n’a pas besoin de l’être) pour bénéficier d’un droit qui nous paraît légitime et pour lequel nous croyions à une évolution.
 
C'est pourquoi je vous demande d'intervenir auprès de monsieur Philippe Bas, ministre délégué à la sécurité sociale, aux personnes âgées, aux personnes handicapées et à la famille, pour que la rédaction de cet arrêté soit revue afin qu'il prenne en compte les personnes amputées et leur permette de bénéficier de cette carte de stationnement, quel que soit le niveau d'amputation.
En vous remerciant de participer à la reconnaissance de la citoyenneté de la personne amputée à travers une nécessaire compensation du handicap, je vous prie de croire, monsieur le député, à l'expression de ma considération distinguée
 
par GUY publié dans : guy67
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